Sainte-Marie d’en-Haut

 

            Sur les flancs de la Chartreuse, au lieu-dit Chalemont, se situe le Musée dauphinois. Celui-ci, fondé en 1906 par Hippolyte Müller, est aménagé dans un ancien monastère de l'ordre de la Visitation de Sainte Marie. Au cours de son histoire, de nombreux remaniements, aménagements et restaurations eurent lieu, liés aux différentes périodes de son histoire. Et ce monastère est effectivement chargé d'histoire.

 

      

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     Cet édifice, Sainte-Marie-d'en-Haut, appartient en premier lieu à l'ordre de la Visitation, créé dans le cadre de la Contre-Réforme catholique (1545-1563) mise en place pour lutter contre les Huguenots. Il est le fruit de la rencontre entre Jeanne-Françoise Frémyot de Rabutin, baronne de Chantal et François de Sales, évêque de Genève. Les Visitandines accueillent les veuves ou les femmes de santé fragiles qui n'ont pas leur place dans les autres grands ordres religieux, et, jusqu'à ce que l'évêque de Lyon les oblige à rester cloîtrées, elles visitaient les pauvres et les malades[1]. L'ordre de la Visitation tire son nom d'un passage important de la Bible où Marie, enceinte de Jésus, rencontre sa cousine Elisabeth elle-même enceinte de Jean le Baptiste. Lors de cette rencontre, ce dernier bouge dans le ventre de sa mère, reconnaissant le Seigneur en l'enfant que porte Marie et, dès cet instant, Elisabeth est emplie de l'Esprit Saint et reconnaît Marie comme la mère du Seigneur[2]. Cette scène relate l'humilité, la piété et la charité mutuelle, vertus que doivent pratiquer les sœurs de la Visitation puisque c'est ce passage de la Bible qu'elles adorent[3].

           

        

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   Les monastères sont généralement implantés dans les villes fortifiées capables de soutenir un siège, tel que le préconise le Coustumier de Jeanne de Chantal, véritable règle de la Visitation[4]. Les premiers sont par ailleurs dans de telles villes puisque ce sont ceux d'Annecy, de Lyon et de Moulins. Sainte-Marie-d'en-Haut est la quatrième fondation de cet ordre religieux[5]. Il est issu de la volonté des habitants de Grenoble, dirigés par Madame Le Blanc, épouse du président de la Chambre des Comptes, qui prièrent François de Sales et Jeanne de Chantal, les fondateurs de l'ordre de la Visitation de construire un monastère à Grenoble[6].

Pour cela, c'est le site de Chalemont qui a été choisi, malgré la difficulté liée à la pente du versant de la Chartreuse. Toutefois, le choix s'est établit suivant plusieurs paramètres : l'élévation protégeant des crues de l'Isère, l'image symbolique du monastère relais entre Ciel et Terre, l'éloignement le protégeant des vicissitudes du siècle. Enfin, le site se situe au bord de la route principale menant à Lyon[7]. Le monastère connaît un tel succès que, quarante-cinq ans plus tard, les sœurs créent celui de Sainte-Marie-d'en-Bas, à l'intérieur de la ville de Grenoble[8].

 

           

            Jusqu'à la Révolution Française, les Visitandines vivront en paix dans leur monastère. À partir des années 1790, en revanche, elles connaissent des déboires et la communauté est dissoute dès 1793, dans le contexte de la Terreur. Dès lors, les opposants politiques, les clercs, les femmes ou encore toute personne « notoirement suspecte » y sont emprisonnés. En 1801, avec le Concordat, les ordres réguliers sont autorisés à revenir et Philippine Duchesne veut y rétablir la communauté des Visitandines. Les anciennes sœurs, ayant peur d'être à nouveau chassées, s'y refusent et Philippine Duchesne, avec Madeleine-Sophie Barrat, crée les Filles de la Propagation de la Foi pour éduquer religieusement les jeunes filles. Plus tard, elles deviendront la Société du Sacré-Cœur[9].

            Par la suite, l'édifice connaîtra de nombreux occupants et diverses fonctions. A partir du milieu du XIXe siècle, c'est au tour des Ursulines d'habiter le monastère. Mais, en 1901, la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat les chasse du bâtiment. Puis, la Première Guerre Mondiale éclatant, divers régiments militaires se succèdent entre ses murs jusqu'en 1919. Par la suite, de nombreux immigrés venus pour l'industrie de la houille blanche provoquent une saturation démographique et sont logés par la ville dans le monastère insalubre. En 1950, pas moins de 450 personnes y sont recensées, celles-ci partant enfin habiter dans la nouvelle cité de Teissère en 1958. Durant la Seconde Guerre Mondiale, la Résistance y installe son quartier général, utilisant les nombreuses planques du bâtiment pour y cacher des armes et faire des tracts.

           

            Par la suite, plusieurs autres idées sont proposées. Il s'agissait de faire de Sainte-Marie-d'en-Haut soit un centre de la culture soit une partie d'une cité universitaire à rayonnement international. La cité du Rabot et l'Institut Dolomieu sont par ailleurs construits dans ce but. Finalement, c'est au Musée dauphinois, situé à Sainte-Marie-d'en-Bas, qu'est dévolu l'usage de l'édifice[10]. En effet, Hippolyte Müller déjà voulait transférer le musée dans un local plus grand. Mais ce n'est qu'en 1965, sous le troisième successeur du fondateur à la direction, Joseph Laforge, qu'il peut être déplacé[11]. Aujourd'hui, le monastère accueille toujours le Musée dauphinois, où travaille une soixantaine de personnes à la réalisation de l'objectif formulé par son fondateur : en faire un musée d'ethnographie des Alpes dauphinoises.

 
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[1]Chantal Spillemaecker, Sainte Marie d'en Haut à Grenoble, quatre siècles d'histoire, p. 9.

[2]Évangile selon Saint-Luc, Visitation, 39-56.

[3]Chantal Spillemaecker, Sainte Marie d'en Haut à Grenoble, quatre siècles d'histoire, p. 11.

[4]Dominique Julia, "L'expansion de l'ordre de la visitation aux XVIIe et XVIIIe siècles", in Visitation et visitandines aux XVIIe et XVIIIe siècles, pp.115-176.

[5]Chantal Spillemaecker, op. cit., p. 19.

[6]Annie Bosso, Sainte-Marie-d'en-Haut, du couvent au Musée, p. 5.

[7]Chantal Spillemaecker, op. cit., p. 21.

[8]Annie Bosso, Sainte-Marie-d'en-Haut, du couvent au Musée, p. 8.

[9]Chantal Spillemaecker,  Sainte Marie d'en Haut à Grenoble, quatre siècles d'histoire, pp.79-83.

[10]Ibid., pp. 84-101.

[11]Ibid., pp. 100.

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