Lugdunum paléochrétien

 

            Depuis juin dernier, dans le Ve arrondissement de Lyon, le long de la Montée de Choulans, près de la place Wernert, les membres de l'équipe de l'Institut National de Recherches Archéologiques Préventives (Inrap) effectuent des fouilles archéologiques sur un terrain d'environ 2 400 m², appartenant jusqu'en 2010 à la congrégation des Sœurs du Bon Pasteur et sous lequel avait été établie une nécropole du Haut Moyen-Âge. Cette dernière se situe près de l'église de Saint-Irénée et a été installée entre le IVe et le VIIe siècle de notre ère. Les fouilles, dirigées par Emmanuel Ferber, responsable d'opération à l'Inrap, ont permis la découverte d'environ six cent sépultures.

Romain Etienne. Inrap

            L'emplacement d'une telle nécropole à Lyon n'est pas surprenante. Dès le IIe siècle, une communauté chrétienne existe déjà dans cette ville, connue notamment par le récit des martyrs de l'an 177. Les chrétiens ont longtemps été persécutés et plus particulièrement sous Dioclétien à partir des années 280 et jusqu'en 313, date l’Édit de Milan de Constantin qui accorde la liberté de culte aux chrétiens.
           

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Cet édit favorise par la suite le clergé de la religion jusqu'à ce qu'elle devienne complètement officielle sous Théodose Ier en 392. Mais dans les faits, le Christianisme est relativement long à s'installer en Gaule. Ainsi, si à la fin du IVe siècle les capitales régionales sont pourvues d'évêques, ce n'est qu'à partir de la fin du VIe siècle que les chapelles rurales se multiplient. Considérant ces quelques faits, il n'est donc pas surprenant qu'à Lyon, siège d'évêché et antique communauté chrétienne, qu'un tel site funéraire soit installé.

Par ailleurs, l'emplacement de la nécropole proche de l'églises dédiée aux premiers évêques sanctifiés lyonnais (Saint-Irénée et Saint-Just) est tout à fait naturel puisque les chrétiens voulaient le plus possible être inhumés ad sanctos, littéralement « près des saints ».

Un site d'une telle envergure est peu commun et, de fait, très important pour la recherche. Le grand nombre d'individus retrouvé permet de bien étudier la population de la fin de l'Antiquité et du début du Moyen-Âge, à Lyon. Cette connaissance passe par plusieurs études, notamment celle des pratiques funéraires. La nécropole comprends des sépultures diverses comme  des coffrages de bois calés avec des galets, des sarcophages de pierre (demi-cuves accolées), des amphores pour les nouveaux-nés, des coffrages de tuiles, des cercueils, des troncs d'arbres évidés, des restes de mausolées romains et, enfin, des tombes en pleine terre.

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            D'autres pratiques peuvent être envisagées grâce au mobilier funéraire retrouvé. Celui-ci étant pauvre, hormis quelques bijoux, cela prouve que les chrétiens de cette époque se faisaient enterrer dans le dénuement presque complet. Parallèlement, la pratique épigraphique est attestée puisque des fragments d'inscriptions funéraires paléochrétiennes ont été retrouvés.           
       

    

L’anthropologie, c'est-à-dire l'étude des squelettes livre de nombreux éléments sur la population à travers l'étude du sexe, de l'âge, de la stature et des pathologies touchant cette population. Par ailleurs, les anthropologues jouissent d'un terrain qui a extrêmement bien conservé les ossements, facilitant ainsi leur étude.

Enfin, l'analyse des tombes en elles-mêmes, soit la manière dont elles ont été constituées à partir du remploi de divers matériaux issus de la statuaire ou de l'architecture(des fragments de statues servant de calage, ou encore des frises ornées qui permettent le façonnage rapide et pratique construction de sarcophages) apportent des éléments sur les pratiques funéraires. Enfin, l'étude des densités selon les époques facilite la compréhension de la gestion et l'évolution de la Nécropole au fil des siècles et vient notamment confirmer l'idée d'une inhumation ad sanctos.

 

            Ces fouilles, entreprises à la suite du lancement du projet Lugdunum projetant la construction d'un complexe immobilier, se termineront à la fin de l'année 2015.

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