Découverte d'un nouveau site gaulois en Auvergne

Le theatre vu du nord cliche b n chagny

Des archéologues ont effectué une importante découverte à la fin du mois de juillet en décidant de creuser le sol du Lac-du-Puy, un ancien étang de taille moyenne qui se situe à 300 mètres du site archéologique de Corent, dans le Puy-de-Dôme. En effet, l'équipe présente sur le chantier de fouilles a mis à jour une centaine de silos de stockage de céréales datant de l'âge du Fer. Cette découverte pourrait permettre d’approfondir nos connaissances sur le système agricole et économique gaulois ce qui achèverait de mettre un terme à l'image de guerriers barbares et indisciplinés que nous nous faisons de ce peuple. De plus, cela permettrait également de renforcer l'hypothèse selon laquelle la capitale des Arvernes se serait tenue à cet endroit bien des décennies avant notre ère.

 

Ce qu'il faut savoir avant toute chose, c’est que le plateau de Corent était déjà occupé lors de la période néolithique, aux alentours de 3 500 avant notre ère, et ce jusqu'à la fin de l'époque romaine. C'est là que les Arvernes (l'un des 54 peuples que comptait la Gaule entre le VIIe et le Ier siècle avant notre ère) aurait établi leur capitale. À son apogée, elle aurait abrité plusieurs milliers d'habitants. Elle s’étendait sur une superficie de plus de 50 hectares et elle aurait pris la forme d'un oppidum, c’est-à-dire une agglomération fortifiée disposant le plus souvent de défenses naturelles grâce à son implantation sur des collines, près d'un fleuve, ou encore à proximité d'un marais. Ce type d'urbanisation est propre à la société gauloise et représentait un centre économique, politique et même parfois religieux.

 

Les fouilles entreprises et initiées par l'association Luern depuis 2001 sous la direction de Matthieu Poux, professeur à l'université Lumière Lyon II, sont à l'origine de la plupart des connaissances actuelles du site. Elles ont permis d'attester la présence d'un sanctuaire érigé en bois et en terre, inspiré de l'architecture sacrée gréco-romaine. Il a ensuite été réédifié à l'époque romaine sous la forme d’un complexe monumental maçonné. Des vestiges d'habitations, de boutiques, d'édifices publics, mais aussi de mobiliers ont également été découverts, témoignages vivants d'un schéma d'urbanisme déjà bien prégnant à la fin du IIe siècle avant notre ère. Cela se traduit par la présence de maisons aristocratiques, d’activités artisanales, de places commerciales (preuves établies d'un marché actif à l'intérieur de l'oppidum) et de cultes religieux.


   

Vue generale de l evocation paysagere du sanctuaire de l oppidum de corent 94

 

On aurait pu penser avec raison que le site de Corent avait livré tous ses mystères. Et pourtant, cette dernière découverte atteste le contraire. En effet, lorsque l'équipe dirigée par Matthieu Poux a entrepris le déblaiement du sous-sol du Lac-du-Puy, des cercles espacés de manière régulière sont apparus dans le sol, révélant ainsi l'emplacement de nombreux silos à récoltes, hypothèse confirmée lors de la fouille qui permit de révéler une forme évasée caractéristique de ce type d'aménagement. Sur 10% à peine de la superficie du lac, 125 autres cavités ont été trouvées. Pour l'heure, les estimations évaluent le nombre de silos entre 600 et 1 500. Leur capacité de stockage en céréales comprendrait entre 500 kg et 1,5 tonne pour un volume d'un mètre cube. L'ampleur de ces constructions révèle un imposant chantier de génie civil pour les Gaulois, et qui plus est pour l'époque. Les archéologues estiment que ces installations remonteraient au début de l'âge de Fer, soit entre 750 et 450 avant notre ère, ou bien entre 150 et 50 avant notre ère.

La singularité de cette trouvaille repose sur l'importante quantité de silos qui devait se trouver sur place. D'autres fosses ayant accueilli ce dispositif ont déjà été recensées en d’autres lieux en France, notamment en Picardie et en Alsace, également en Allemagne ainsi qu’en Catalogne, mais jamais en si grand nombre. Selon Matthieu Poux, « Nous sommes véritablement face à quelque chose de spectaculaire, et qui confirme que les Gaulois étaient de grands agriculteurs. Ils centralisaient les denrées et avaient certainement mis en place une économie communautaire, loin des structures autarciques et familiales qu'on a souvent tendance à se représenter ». Un autre détail a attiré l'attention des chercheurs : l'emplacement des silos. En effet, ils sont situés en hauteur, loin de toute plaine agricole digne de ce nom et sans accès direct à un cours d'eau permettant de faciliter le transport. Deux hypothèses ont actuellement été émises : soit les Gaulois auraient cherché à protéger leurs récoltes en vue d'un éventuel siège (le site de la bataille de Gergovie n'étant qu'à 6 km de Corent) ; soit ils auraient voulu les entreposer à proximité de centres d'échanges commerciaux, ce qui accréditerait la thèse portant sur la capitale perdue des Arvernes, l'oppidum de Corent ayant abrité de grandes foires en plus de son marché.

 

Il ne fait aucun doute que nous en saurons plus dans les mois à venir, et pourquoi ne pas espérer de nouvelles découvertes sur le plateau de Corent ?

 

 

à Sources 

 

Le Monde

Le Figaro

Site officiel de Corent

 

Poux, Matthieu (dir.), Corent : Voyage au cœur d'une ville gauloise, Errance, juillet 2012, 2ème édition, 304 pages.

Dousteyssier, Bertrand, La cité des Arvernes: Ier-IIème siècles après J.-C., Lemme Edition, collection ''Illustoria'',‎ 8 décembre 2011, 118 pages. ‎

Stephan Fichtl, La ville celtique. Les oppida de 150 av. J.-C. à 15 ap. J.-C., Éditions Errance, Paris, 2000.

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