Jean-François Champollion - Egyptologue

         

            Jean-François Champollion est probablement le ou l'un des plus grands égyptologues au monde : il est celui qui a réussi à traduire de manière précise les hiéroglyphes grâce au déchiffrement de la Pierre de Rosette. Né le 23 décembre 1790 à Figeac, il vit ses premières années à Grenoble où il entre au lycée, avant d'aller étudier à Paris jusqu'en 1809. Alors qu'il maîtrise déjà le latin et le grec ancien,  il se prend de passion pour les langues anciennes telles que l'hébreu, le syriaque et le copte. L'intérêt pour cette dernière résulte de l'attrait qu'il éprouve pour l'Égypte[1]. Né au lendemain de la Révolution Française, Jean-François Champollion grandit dans le contexte d'une France perturbée tant par cet événement historique majeur que par les différents régimes politiques qui se succèdent durant tout le XIXe siècle. Ainsi, durant toute sa carrière, J.-F. Champollion fait face à de nombreux opposants, scientifiques comme politiques et malgré des premiers travaux très prometteurs il reçoit peu de reconnaissances[2].

 

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Toutefois, il reçoit le soutient de certains notables dont son grand frère, Jacques-Joseph Champollion, dit Figeac, le baron Joseph-Bon Dacier, Joseph Fourier et Napoléon Ier. Grâce à J. Fourier, J.-F. Champollion – alors qu'il est professeur adjoint d'Histoire à la faculté des Lettres de Grenoble, reçoit de Napoléon Ier une exemption de conscription afin qu'il puisse se consacrer à ses recherches sur les hiéroglyphes. De même, Napoléon lui assure de publier en 1815 un dictionnaire et une grammaire de la langue copte. Mais ces travaux passent devant une commission qui jugeant leur intérêt mais les trouvant trop peu rigoureux pour être publiés au frais de l'Etat[3]. Cette anecdote témoigne des nombreux obstacles que Jean-François Champollion dut subir : des adversaires sur le plan scientifique, mais aussi le manque de financement l'obligeant à demander des fonds ou à compter sur l'Etat pour la publication de ses travaux. À nouveau, son frère aîné et son protecteur Joseph-Bon Dacier le soutiennent et l'encouragent à continuer. Ainsi aidé, il redouble de travail afin d'acquérir une plus grande rigueur[4].

 

            Néanmoins, si Champollion vit dans une époque mouvementée et difficile pour lui, c'est aussi la période d'une campagne militaire et scientifique qui va révolutionner tout un pan de l'Histoire et des études des langues anciennes : l'expédition du général Napoléon Bonaparte en 1798, en Égypte[5]. Alors que Jean-François Champollion est encore jeune, Joseph Fourier lui narre cette expédition à laquelle il a fait partie, emplissant le jeune étudiant d'admiration pour le pays des pharaons[6].

En 1799, durant des travaux de terrassement au vieux port de Rachid, près de la ville de Rosette,  l'officier du Génie, Bouchard, fait la découverte d'une stèle probablement rectangulaire à l'origine et en granit noir avec un beau poli. C'est la Pierre de Rosette. Elle comporte trois inscriptions : l'une est en hiéroglyphes, l'autre en démotique et la dernière en grec. Malheureusement, en 1801, Alexandrie tombe face à l'armée anglaise et la France doit donner toutes les antiquités trouvées en Égypte, dont cette nouvelle stèle qui est peu après déposée au British Museum. L'original de la Pierre est alors perdu pour la France mais des moulages avait été réalisés et envoyés à la métropole. C'est sur ces exemplaires que les chercheurs français et bien entendu Jean-François Champollion ont pu travailler[7].

 

            De nombreuses théories sont alors avancées, dont beaucoup sont fausses voire saugrenues et une grande quantité de ces hypothèses symbolisent l'état de la recherche hiéroglyphique de cette époque. Ces erreurs peuvent s'expliquer par la fait que les savants du XIXe siècle s'appuyaient sur certains auteurs latins tels que Clément d'Alexandrie, Diodore, Plutarque et Eusèbe dont les théories étaient déjà faussées. Seul le premier se révélait, dans une certaine mesure, conforme à la réalité. Ils furent cependant ignorés par de nombreux scientifiques. Par ailleurs, ils rencontrèrent également des difficultés avec les copies des inscriptions des monuments qui étaient souvent défectueuses.

On observe quand même quelques avancées de la part de certains savants tels que Silvestre de Sacy (professeur de langue ancienne de J.-F. Champollion lorsqu'il étudia à Paris), le danois Georg Zoëga, M. de Guignes, l'abbé Barthélémy, le suédois Akerbald et enfin Thomas Young. Ce sont notamment ces deux derniers qui ont permis de découvrir un alphabet de plus de deux cents signes[8].

            Toutefois, jusqu'en 1822, deux théories resteront prédominantes.

-La première consiste en le fait que les hiéroglyphes ne sont ni des sons, ni des lettres, mais des images et des symboles. Ils illustrent ce qu'ils représentent mais ils symbolisent aussi autre chose. Tout le problème était de savoir quoi.

-La seconde affirme que les hiéroglyphes sont justement des sons et des lettres. La difficulté, ici, est de pouvoir transposer ces symboles à notre alphabet[9].

 

            Jean-François Champollion possédait, outre les textes de la Pierre de Rosette, de nombreux documents égyptiens que son frère ou Nicolas Huyot (grand découvreur des monuments d'Égypte et de Nubie) lui fournissaient. Il disposait donc de beaucoup plus d'éléments de comparaison que beaucoup d'autres savants, et en 1822, dans sa Lettre à M. Dacier, il expose sa théorie : l'égyptien ancien n'avait en fait qu'un seul système d'écriture. De fait, les formes hiéroglyphique, hiératique (hiéroglyphes abrégés, simplifiés), et démotique (cursive) dérivent respectivement l'une de l'autre  et appartiennent à un système unique[10], lui-même composé pour 9/10e d'éléments phonétiques et, pour la part restante, d'éléments en partie figuratifs et en partie symboliques[11].

De plus, connaissant très bien le copte (langue antique notée en grec dans laquelle subsistent quelques symboles spéciaux) et le grec ancien, il arrive, aidé par les travaux de Zoëga  et d'Akerbald[12], à restituer l'égyptien démotique ancien, et se lance ensuite dans la lecture des hiéroglyphes.  En 1822, J.-F. Champollion maîtrise suffisamment bien le démotique pour se lancer à la lecture des caractère hiéroglyphe : il traduit les noms des souverains des cartouches d'autres documents, lui permettant de comprendre le fonctionnement de cette écriture[13]. En 1828-1829, il voyage en Italie puis en Égypte afin d'étudier les textes des monuments. Il écrit alors au Baron Dacier qu'effectivement sa théorie et ses expériences se confirment : son alphabet fonctionne pour les époques romaine et lagide mais aussi pour les périodes antérieures pharaoniques[14].

 

            En 1830, Champollion intègre l'Académie de Grenoble, décision approuvée par Charles X, et en 1831, Louis-Philippe d'Orléans lui créé une chaire d'archéologie au Collège royal de France. Cependant, sa santé fragile ne lui permet d'enseigner correctement : trois attaques d'apoplexie l'empêchent de donner des cours régulièrement et, en mars 1832, la troisième attaque lui est fatale.

            Ainsi disparaît ce grand égyptologue, celui qui a percé les mystères des hiéroglyphes[15], et qui déclarait, en 1828 : « Je suis tout à l'Égypte, elle est tout pour moi »[16].

 


[1]André Dupont-Sommer , « Champollion et l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres », in Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 116ᵉ année, N. 3, 1972, pp. 544-556.

[2]Hermine Hartleben, Jean-François Champollion : sa vie et son œuvre, 1790-1832, 1990.

[3]André Dupont-Sommer , art. cit.

[4]Idem.

[5]Hermine Hartleben, op. cit.

[6]André Dupont-Sommer , « Champollion et l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres », in Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 116ᵉ année, N. 3, 1972, pp. 544-556.

[7]Hermine Hartleben, Jean-François Champollion : sa vie et son œuvre, 1790-1832, 1990.

[8]Idem.

[9]Christian Jacq, Le petit Champollion illustré, p. 20.

[10] Jean Leclant, « Champollion, la pierre de Rosette et le déchiffrement des hiéroglyphes », in Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 116ᵉ année, N. 3, 1972, pp. 557-565.

[11]Hermine Hartleben, op. cit.

[12]G. Zoëga était parvenu à l'étude des obélisques et des manuscrits de Rome. Akerbald avait réussi à lier certaines lettres égyptiennes à l'alphabet copte.

[13]Jean Leclant, art. cit.

[14]André Dupont-Sommer , « Champollion et l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres », in Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 116ᵉ année, N. 3, 1972, pp. 544-556.

[15]Dupont-Sommer André, « Champollion et l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres », in Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 116ᵉ année, N. 3, 1972, pp. 544-556.

[16]Christian Jacq, Le petit Champollion illustré, p. 19.

Sources

 

DUPONT-SOMMER André, « Champollion et l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres », in Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 116ᵉ année, N. 3, 1972, pp. 544-556.

 

HARTLEBEN Hermine, Jean-François Champollion : sa vie et son œuvre, 1790-1832 / traduction française par Denise Meunier, Paris, Pygmalion-G. Watelet, 1990, 620 p.

 

JACQ Christian, Le petit Champollion illustré, Paris, Robert Laffont, 1994, 230 p.

 

LECLANT Jean, « Champollion, la pierre de Rosette et le déchiffrement des hiéroglyphes », in Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 116ᵉ année, N. 3, 1972, pp. 557-565.

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