2015 - 22 novembre - visite de Fort Barraux

            Le Fort Barraux se situe au sommet d'un petit promontoire naturel, près du village de Barraux dans la vallée du Grésivaudan. La vallée du Grésivaudan connaît une multitude de batailles qui opposent la Savoie au Dauphiné, dont celle de Pontcharra en 1591 durant laquelle les deux armées s'affrontent avec leur tête, François de Bonne, duc de Lesdiguières pour les Dauphinois, et Charles Emmanuel Ier pour les Savoyards.       

Suite à sa défaite, Charles Emmanuel demande à Ercole Negro d'établir une place forte au niveau du village du nom de Barraux, à son emplacement actuel, en territoire dauphinois. La nouvelle d'un tel chantier arrive jusqu'à Henri IV, roi de France, qui écrit au duc de Lesdiguières pour exprimer son étonnement et son mécontentement vis-à-vis du manque de réaction apparente du duc, et exige les raisons d'une telle inaction. Le destinataire de lui répondre alors :

« Sire, la construction d’un fort à cet endroit est particulièrement bien choisie. Mais en raison de l’état des finances du royaume, il vaut mieux que ce soit votre cousin de Savoie qui en fasse la dépense. Quand il sera à peu près terminé et avant qu’il y mette une garnison sérieuse, je le prendrai. »

Fort barraux 1
Fort barraux 2

     Surnommé le « Renard du Dauphiné », le duc de Lesdiguières surveille l'avancée du fort depuis une colline située de l'autre côté de la vallée du Grésivaudan. C'est vers la fin de l'année 1597 que le fort est inauguré par les Savoyards et c'est en Mars 1598, que le duc de Lesdiguières s'en empare par la ruse : il attaque depuis l'entrée originelle du fort, située à l'époque au Nord, au niveau de la demi-lune de Savoie. Peu nombreux, les Savoyards se réfugient dans le fort pour le défendre, mais ils sont pris en étaux par une autre troupe dauphinoise montée à l'assaut de la place par le Sud. En 1598, le fort devient donc Français.

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En réalité, les Savoyards n'avaient eu le temps que de creuser les fossés et de monter les murs. L'ensemble des bâtiments qui peuvent actuellement être visités, ont été construits par les Français au fil du temps, de même que les fortifications se sont profondément modifiées et améliorées au cours des travaux des différents ingénieurs qui se sont succédés. Le premier édifice, construit en 1608, est l'hôtel du gouverneur où logeait le commandant de la place. Par la suite, une caserne est érigée ainsi qu’un arsenal à deux étages pour les canons et les armes plus légères, un puits, etc... Au XVIIIe siècle, deux nouvelles casernes font leur apparition au plus près des remparts afin d'augmenter l'efficacité des hommes en cas d'attaque.. Elles sont toutes aménagées selon le modèle préconisé par Vauban, c’est-à-dire qu’elles se composent de modules de quatre chambrées de douze soldats, le tout formant une compagnie. Encore plus tardivement, un cavalier casematé est mis en place derrière le premier édifice, typique du XIXe siècle

À ces édifices principaux s'en rajoutent d'autres comme une chapelle, cloue de la visite, une boulangerie (désormais disparue), deux poudrières dont la plus grande, protégée par sa position dans les murs d'un bastion, se visite, et enfin, tout le long du chemin de ronde se situaient des arbres, coupés bien plus tardivement, au XXe siècle, lorsque les prisonniers enfermés au fort eurent besoin de bois pour se chauffer.

Les améliorations défensives s'effectuent tout au long des siècles depuis la fin du XVIe jusqu'à la fin du XIXe, grâce à l'intervention de différents ingénieurs. Ainsi, par exemple, Camus fait construire les bas-forts au niveau du front de Grenoble, Hue de Langrunne régularise la courtine et détache le bastion central qui devient alors une demi-lune d'entrée du fort, changeant ainsi de place par rapport à l'entrée primitive, accessible par la demi-lune de Savoie (située au nord). Par la suite, elle changera encore une fois de place de trouver son emplacement définitif où on peut encore l'emprunter aujourd'hui.

Mais c'est surtout le célèbre Vauban qui apportera le plus de modification et qui en fera une place on ne peut plus imprenable. L'ingénieur vient deux fois au fort : en 1692 et en 1700. Il corrige et améliore les travaux de ses prédécesseurs. Ainsi, les fossés sont approfondis de deux mètres, les bastions modifiés et relevés à leur pointe, les chemins couverts sont réduits en largeur, régularisés  et des traverses sont installées pour limiter les dégâts dus aux tirs à ricochets. Des casemates sont construites dans les bastions, protégées par leurs murs et reliées parfois par des souterrains. La demi-lune de Savoie est reliée avec le fort par une caponnière à ciel-ouvert avec parapet et palissades afin de protéger ceux qui la traversent. Les courtines des fronts de Savoie et de l'Isère sont dotées de tenailles légères comportant des palissades. Enfin, une redoute en direction de Grenoble est édifiée.

L'entrée, celle que nous empruntons encore aujourd'hui, s'améliore également d'un point de vue défensif : le chemin ne laisse aucun angle mort et l'ennemi est sous le feu des défenseurs à tous moments et doit passer par une lunette et une demi-lune avant de passer les ponts. Les arches du pont dormant sont comblées pour que les attaquants ne puissent s'y réfugier, et un pont-levis se situe juste après, menant aux épaisses portes de bois, constituant un autre moyen défensif. Derrière elles se situent un système de herse composée de troncs d'arbres tombant, destinées à bloquer l'ennemi. Si l'un de ces troncs est brisé et dégagé, un autre tombe pour le remplacer. La bascule du pont-levis se situe dans une fosse, ajoutant encore un obstacle à l'avancée. Enfin, se rajoutent d'autres portes épaisses, constituant une nouvelle difficulté.     

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    À l'intérieur du fort se trouve de quoi soutenir un long siège : des arbres, une boulangerie et un énorme puits. Les poudrières, enfin, sont conçues de manière à ce qu'il n'y ait pas d'humidité et en même temps, les aérations sont pourvues de grilles pour qu'aucune torche ne puisse y être infiltrée, et, le cas échéant, un obstacle formant une chicane augmente encore la difficulté de pénétration d'un éventuel brasier dans le bâtiment.

 

 
           

Le fort Barraux est donc une place forte des plus impressionnantes et dont les défenses sont encore améliorées à la fin du XIXe siècle en raison des mouvements italiens en 1870, après la défaite française. Une fois pris par Lesdiguières et jusqu'à nos jours, une seule tentative d'assaut et de capture du fort est tentée : celle des résistants vers la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le fort deviendra par la suite  un camp de prisonnier lors des deux guerres mondiales, puis un dépôt de munition en 1947. En 1988, il est désaffecté et la commune de Barraux l'achète l'année suivante. Depuis 1990, il est classé Monument Historique et l'Association de sauvegarde et de valorisation de Fort Barraux travaille chaque jour à sa mise en valeur et à sa conservation.

Petit lexique (définitions du Larousse)

 

Bastion : Ouvrage polygonal à deux faces et deux flancs en saillie sur une enceinte.

Caponnière : Ouvrage polygonal à deux faces et deux flancs en saillie sur une enceinte.

Casemate : Organe protégé, actif ou passif, employé en fortification pour loger des troupes, des approvisionnements ou des armes. Ou : Petit ouvrage monobloc isolé, élément constitutif de la ligne de défense (casemate d'artillerie, casemate de mitrailleuses).

Courtine : mur joignant les flancs de deux bastions voisins

Demi-lune : fortification avancée couvrant la courtine

Tenaille : Élément extérieur de la fortification bastionnée, couvrant la courtine.

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